Chronique de blog et en podcast du roman "Au Bonheur des Dames", d'Emile Zola

Dans ce 12e épisode de « La Page Sensible », je vous parle de l’excellentissime « Au Bonheur des Dames ». Je ne me lasse pas de relire ce classique d’Émile Zola, comme un roman d’été qu’on dévorerait sur la plage. Pour moi, ce livre n’a rien, mais alors rien de rasoir… Côté écriture, je vous raconte les obstacles que je mets moi-même en travers de mon propre chemin quand il s’agit d’écrire la fin de mon premier jet ! Ensuite, j’analyse avec vous ce qui m’a interpellée dans la construction du roman « Hamnet », de l’autrice écossaise Maggie O’Farrell.

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« Le seul roman de Zola qui finit bien » (dixit ma grande sœur quand j’avais 14 ans)

Quand j’étais adolescente, je trouvais la plupart des classiques ennuyeux à mourir, jusqu’à ce que ma grande sœur mette du Zola entre mes mains. Mon préféré était et sera toujours « Au Bonheur des Dames », au point que je le relis régulièrement, comme un livre doudou. Ma sœur n’avait pas menti : ce onzième tome de la saga des Rougon-Macquart, dont chaque roman peut se lire séparément, porte un très beau souffle d’espoir.

Au décès de leurs parents, Denise et ses deux petits frères débarquent à Paris avec un maigre bagage sous le bras pour aller habiter chez leur oncle, qui est vendeur de vêtements pour dames. Mais le petit commerce dépérit, car juste de l’autre côté de la rue est apparu un des premiers grands magasins de Paris, dirigé par le génial Octave Mouret, dont les idées novatrices et fantasques soulèvent les foules. Ce temple démesuré de la mode et du capitalisme se nomme « Au Bonheur des Dames ». Au grand dam de son oncle, Denise s’y fait embaucher comme vendeuse et pénètre au cœur de cette ruche chatoyante de soieries, de belles dames, d’ouvriers surexploités et de guéguerres entre rayons.

Mon synopsis subjectif du roman « Au Bonheur des Dames », d’Emile Zola

Pourquoi « Au Bonheur des Dames » est mon roman de Zola préféré

En fait, c’est un de mes romans préférés tout court ! Et voici ce que j’aime tant dans ce roman :

  • La belle histoire d’amour qu’il cache, loin des clichés de cette fin du XIXe siècle, avec une héroïne qui ne s’en laisse pas compter par les hommes, les pédants et autres puissants ;
  • Le personnage très attachant de Denise, la jeune vendeuse : on a vraiment envie qu’elle s’en sorte face à l’adversité d’une époque qui ne faisait de cadeaux ni aux femmes célibataires, ni aux petites ouvrières ;
  • Les descriptions ultra-détaillées de cet univers fascinant, vintage et complexe d’un grand magasin à la fin du XIXe siècle, avec une représentation très fine des enjeux de classe et de pouvoir qui l’habitent ;
  • Les énumérations d’étoffes, de dentelles et autres termes techniques, qui pour moi sonnent comme la musique d’un instrument que j’affectionnerais particulièrement ;
  • Les thématiques très actuelles que l’intrigue pose sans lourdeurs : capitalisme, classes sociales reflétées dans la hiérarchie du magasin, consumérisme et même mondialisation. Loin d’un essai mécanique, Zola nous chuchote sa thèse à travers les symboles qu’il glisse dans l’intrigue, et notamment dans la construction de ses personnages.

Côté écriture : décortiquer « Hamnet », un autre roman historique

À la fin du podcast, je vous raconte que je continue à lire « comme une écrivaine », c’est-à-dire à observer comment les autres autrices et auteurs s’y prennent pour écrire leurs romans. J’ai récemment terminé le très beau roman « Hamnet », dont vous trouverez mon résumé ici, et voici ce que j’y ai relevé d’intéressant :

  • Dès le début de ce long roman, on en connaît la fin : le petit Hamnet, jeune fils de William Shakespeare, va mourir. Et pourtant, je n’ai pas lâché le livre jusqu’à avoir lu de mes yeux ce qu’il se passait exactement ! Ça m’a permis d’observer le fait que, parfois, l’enjeu d’une histoire se situe ailleurs que dans la fin. On ne veut pas savoir ce qu’il s’est passé, mais comprendre « pourquoi » ou savoir « comment ».
  • Maggie O’Farrell enchaîne des changements rapides de point de vue entre les différents personnages, parfois au sein d’une même scène, sans que ça soit jamais confus. Une belle inspiration pour mon propre manuscrit et ses cinq narrateurs !
  • L’autrice a fait le choix de ne pas utiliser certains termes « attendus », tels que le nom de William Shakespeare, ou encore le mot « sorcière » (qui pourtant pourrait facilement s’appliquer au personnage principal, la mère d’Hamnet). Grâce à ça, j’ai pris conscience de la puissance que peut apporter l’absence d’un mot. En plus, ça m’a rappelé le choix de Haruki Murakami dans « La Course au Mouton Sauvage », où le nom des personnages n’est jamais mentionné.

Alors, est-ce que je vous ai donné envie de tenter l’aventure Zola ? Si oui, j’en suis ravie ! Sinon, n’hésitez pas à me confier vos traumatismes émilezoliens en commentaire 😉

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Soeurette
Soeurette
2 mois

Super épisode !
C’est effectivement la seule « happy end » de Zola, peut être parce que dans ses autres romans il a tendance à raconter la vie de ses personnages jusqu’au bout, c’est à dire la mort, et rarement dans des circonstances paisibles !
Je recommande aussi Pot-bouille, qui raconte les évènements précédant ceux du Bonheur des Dames, avec l’arrivée à Paris d’un jeune loup aux dents longues, un certain Octave Mouret… Ce roman-là raconte la vie des habitants d’un immeuble bourgeois, avec notamment la famille Josserand 😉

Bon j’ai envie de relire les deux moi maintenant !